Jorsala
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C’était la pré-marche Ypres-Bruxelles

 

Jeudi 15 mai: départ de Bruxelles, en route vers Istanbul

Nous nous rassemblons dans le quartier européen avec un groupe de marcheurs.
Dans l’ancienne gare, nous sommes accueillis par Peter Van Kemseke, qui remplace notre parrain, Herman Van Rompuy.

Nous faisons une photo de groupe au milieu de la Place du Luxembourg, dos à une statue qui nous tourne également le dos. Un a un, les marcheurs marchent vers la Wallonie, laissant un John Cockerill en bronze derrière nous.

Mercredi 14 mai: Lennik-Bruxelles (16km)

Nous marchons dans un beau domaine où est situé l’internat qui nous a accueilli. Il y a du soleil et les champs baignent encore dans la brume matinale. Nous longeons un sentier qui est parsemé de reproductions de Pieter Breughel l’Ancien. A quelques pas de là, surgissent les premiers immeubles de la ville au-dessus de la campagne verdoyante. Cela nous semble irréel, surtout après avoir emprunté pendant une petite semaine des sentiers ruraux..

A la Colonne du Congrès où la flamme éternelle brûle pour le soldat inconnu, nous sommes attendus par des sympathisants de Jorsala. La pluie nous pousse vers le Sénat où nous sommes attendus comme des ambassadeurs qui ouvrent d’une façon presque naïve quelque chose que nous connaissons tous mais que nous négligeons que trop : la rencontre d’homme à homme au-delà de tout clivage. Cinq ambassadeurs nous honorent de leur présence.
Le soir, nous retrouvons Assaad et Nathalie ainsi que des membres du Rotary Club Europa qui nous offrent le repas !

 

Mardi 13 mai : Zarlardinge-Lennik (31km)

Au pied du mur de Grammont, la pluie commence à nous lessiver pendant 15 km. Les nuages se dissipent enfin à Vollezele, dans le Pajottenland, où nous voyons de loin une statue de Koenraad Tinel, la déesse Europe, qui chevauche un taureau. La déesse et le taureau pendent rouillés au-dessus de champs verdoyants. Tout au loin, on discerne la Tour du Midi de Bruxelles. Face à nous, les chevaux de trait qui font la gloire du Brabant, broutent paisiblement l’herbe grasse.

Ceci est un lieu de silence. Au Hof Te Leysbroeck nous cassons la croute avec un homme marqué par la guerre: Koenraad Tinel. Il pleure lorsque les participants viennent l’embrasser au départ.

En chemin, nous parlons avec des agriculteurs âgés qui ont donné leur vie au labeur, unis avec leurs animaux et leur champs.
Nous arrivons fatigués dans un internat où près de 200 jeunes résident, dont certains 365 jours par an. Les enfants doivent aller dormir alors que nous jouissons d’un repas magnifique! Dans la salle de sport où nous dormons, nous nous mettons en cercle et nous partageons ce que nous avons vécu de fort depuis de le départ d’Ypres.
La lanterne brûle.

Lundi 12 mai : Renaix-Zarlardinge (18km)

Une marche au travers des Ardennes flamandes, louvoyant sur la frontière linguistique.
Les chemins de terre son réduits à des marres de boues dû aux pluies intenses des derniers jours.
C’est un parcours fatiguant, mais nous avançons, silencieusement.

Nous arrivons dans une ferme en carré magnifique à Zarlardinge où nous dormirons. Nous sommes tous attablés avec Maman Agnès et sa fille Sara, notre hôte. Maman Agnès est âgée et merveilleusement affinée par la vie, mère de dix enfants, jadis prof de piano pour la famille de l’impératrice Sissi. A table il y a une jeune chouette, qui vient de tomber du nid. Le jeune hibou attend patiemment avec un air plein de sagesse ce que cette nouvelle vie lui apportera.

 

11 mai: Avelgem-Renaix (24km)

Un chemin longeant la frontière linguistique dans les Ardennes flamandes. Kourosh, un iranien nous a quitté ce matin parce que marcher avec un sac à dos de 25kg a eu raison de ses pieds.

Il chante une chanson d’au revoir. Quelques élus locaux le ramènent à la gare.

Cette région est tombée en désuétude et cela se ressent lorsque nous entrons dans les villages. Mais la nature nous touche d’autant plus dans sa beauté exubérante.

Une journée presque sans pluies. Le soir nous arrivons à une heure avancée dans l’auberge de Jeunesse qui nous a été offert par le Rotary de Renaix. Mohammed nous a rejoint. Mohammed est un marcheur expérimenté et espère pouvoir marcher avec nous et continuer sa route jusqu’à la Mecque. Il nous fait une démonstration extraordinaire comment gérer au mieux le poids du sac à dos. Son humour nous fait rire aux larmes.

 

Samedi 10 mai Aalbeke -Avelgem (23km)

Vingt marcheurs emmitouflés dans leur poncho dégoulinent sous cette pluie incessante. Ils avancent lentement dans ce paysage détrempé par les premières pluies du printemps.

Chaque pas nous éloigne un peu plus des territoires de guerre du Flanders Field.
Nous sommes une patrouille surréaliste, qui flotte dans le temps. Le ciel varie d’un gris clair au brou de noir.

L’un des nôtres, un artiste peintre, porte une lanterne originale des tranchées. D’Ypres à Sarajevo. Cet objet a suscité déjà beaucoup de regards interrogateurs. Plus que jamais, aujourd’hui nous nous sentons unis à cette masse de jeunes vies humaines qui ont été saisies par la mort qui a agi pendant des semaines, des mois et des années par milliers entre 1914 et 1918.

 

Vendredi 9 mai: Palingbeek-Aalbeke (27km)

Nous marchons dans le cimetière militaire allemand ‘Friedhof Menenwald’. Des dizaines de milliers de jeunes allemands ont péri ici dans des batailles sans issues, avec seul but d’obtenir une avancées stratégique en s’emparant d’une petite colline.

Dans la chapelle du cimetière, Sigiswald Kuijken et Marleen Thiers (La Petite Bande) jouent du Bach sur leurs violons. Dans cet oasis, protégés de la pluie, nous sommes touchés au plus profond de notre âme par leur musique.

 

Ieper-Palingbeek (11km)

Le premier jour d’une marche historique commence avec des cérémonies dans l’hôtel de ville d’Ypres et à la Porte de Menin.
D’ici nous partons, sous une pluie battante venant de l’Ouest, dans le sens opposé, vers l’Orient.

Au Bedford House Cemetery, de jeunes apprentis maçons du collège d’Ath lisent des poèmes écrits de leurs mains. Ces jeunes gens ont tous l’âge de tant de milliers jeunes soldats qui ont été enterrés ici. Leur poésie est réconfortante et émouvante.

Soudain, un des jeunes maçons bute sur le mot « exister », repris dans son poème. C’est comme si les morts ont leur mot à dire dans cette rencontre.
Lorsque nous reprenons la marche, nous le faisons d’une manière silencieuse. Le soir, nous sommes accueillis par Nathalie et Assaad qui au nom du Rotary nous offrent le repas.